Le vin, un outil diplomatique bien souvent au cœur de la tourmente !
Tension commerciale USA-UE, l’exemple du vin
Contents

A l’heure du soft power, le vin n’est pas qu’un vecteur culturel majeur. Ce produit star des exportations tricolores se pose comme un outil d’influence et un instrument diplomatique essentiel, qui parfois paie la facture.

Avec l’arrivée de Joe Biden en tant que Président des Etats-Unis d’Amérique, assisterions-nous à un retournement de situation en matière de surtaxes douanières ? En cette période d’incertitude économique, difficile de se positionner. Néanmoins, le 5 mars, USA et UE ont décidé d’une trêve de 4 mois, alors que quelques semaines plus tôt le précédent gouvernement américain décidait d’en imposer de nouvelles.

D’ailleurs, le 30 décembre 2020, la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux de France (FEVS) faisait part de son émotion, et déclarait que la décision du gouvernement américain d’imposer des droits de douane supplémentaires sur le Cognac et les vins français, qui s’ajoutaient à une première série de droits de douane mis en place fin 2019, coûterait au secteur la bagatelle de plus d’un milliard d’euros (1,23 milliard $)[1].

L’origine de ces surtaxes peut surprendre ; elle résulte d’une guerre commerciale entamée 16 ans plus tôt entre les Etats-Unis d’Amérique et l’Union Européenne, et porte sur un secteur d’activité diamétralement opposé : l’aéronautique. Oui, vous avez bien lu : les « Navions ». 

L’escalade en quelques dates clés :

  • 1er round, juillet 1992 : l’accord bilatéral sur le financement de l’industrie aéronautique

Le 17 juillet 1992, Union-Européenne et USA ratifient l’accord bilatéral sur l’industrie aéronautique*, censé mettre fin au conflit des subventions publiques et autres formes de soutien gouvernemental aux futurs programmes de développement d’avions commerciaux (ceux de plus de 100 places).

*les états peuvent accorder des avances remboursables aux constructeurs aéronautiques jusqu’à 33% de leurs frais de recherche et développement ; avances remboursables en 17 ans.

  • 2nd round, octobre 2004 : entre attentats et élections présidentielles

Subissant de plein fouet les conséquences du 11 septembre (doublées d’une montée en puissance de son concurrent européen), Harry Stonecipher, Président de Boeing, est contraint de licencier près de 40 000 ETP. Dans le même temps, Georges W. Bush, en pleine campagne présidentielle, déclare que les subventions accordées à Airbus sont illégales, et déposera plainte auprès de l’OMC en octobre 2004.

  • 3ème round, 2005 à 2010 : l’affront du programme A350*

Après une brève période d’accalmie, Boeing attaque Airbus suite au lancement du programme A350. En représailles, l’avionneur européen en fera de même avec le programme 787. En 2010, au terme de 5 ans de batailles juridiques, l’OMC ne fera pas de jaloux et condamnera les deux avionneurs pour violations des règles mises en place.

*nous passerons sous silence l’histoire du contrat des avions ravitailleurs, qui a lui seul pourrait faire l’objet d’un article dédié au protectionnisme.

  • 4ème round, 2010 à 2016 : un conflit digne des plus belles telenovelas

Coup de tonnerre en 2011. L’OMC donne gain de cause à Airbus : les subventions qui lui sont accordées sont le résultat d’un partenariat public privé. En parallèle, Boeing est condamné à rembourser plus de 5 Mds $ d’aides.

  • 5ème round: Make Business Great again … (within America, of course!)

Make America Great Again : cette formule, qui ne laisse pas de place au doute quand il s’agit d’illustrer les choix protectionnistes outre-atlantistes, fut la maxime de la mandature Trump. Dans la guerre commerciale opposant USA et UE, Trump mit en place des mécanismes de rétorsion en surtaxant pour plus de 11 Mds $ toutes les classes de produits européens, des produits alimentaires aux avions.

Et bien entendu le vin.

  • 6ème round: 2021, cessez-le-feu ?

Nous l’avons vu en préambule, le 5 mars une trêve est décrétée entre USA et UE en matière de surtaxes douanières, pour une période de 4 mois. Mais après ?

A première vue, il semble qu’USA et UE jouent la montre dans un contexte économique incertain directement corrélé à notre capacité à circonscrire la pandémie actuelle. Alors que les débats subsistent quant à l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca et que les espoirs se portent également sur Johnson & Johnson au sein de l’UE, qu’en sera-t-il si ce nouveau vaccin est inefficace ? Si tel est le cas, comment imaginer l’administration Biden se priver d’1 Mds $ de surtaxes, en particulier avec l’ambitieux (et coûteux) plan de relance économique de 1 900 Mds $ que les USA viennent de voter ?

Alors dans 4 mois, abrogation des taxes Trump ? rien n’est moins assuré. Dès lors, une question subsiste : et si Donald Trump avait su apprécier un bon vin rouge plutôt qu’un Diet Coke ?

[1] - © Reuters le 31/12/20