Gabriel Picard
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Créée en 1951 par Félix Picard, vigneron et bouilleur de cru, l’entreprise familiale bourguignonne a été développée par son fils Michel Picard, bientôt rejoint par son épouse Liliane.

Elle a été façonnée par trois générations autour de deux activités : le vin et les spiritueux. Aujourd’hui, elle élabore et commercialise une large palette de saveurs pour ses clients en France et à l’étranger, et propose des cuvées nées sur ses 140 hectares de vignes ainsi qu’une gamme de spiritueux de « terroirs » chargés d’histoire.

Gabriel et Francine, la troisième génération, rejoignent leurs parents en 1997 et 1999 après avoir fait leurs armes chez Pepsi Cola et Nike.

Une histoire hors du commun ancrée dans un patrimoine régional fort et des valeurs partagées, qui leur permettent d’innover et de regarder vers le futur malgré les saisons imprévisibles et tumultueuses.
Une success story « à la française » que Grant Thornton accompagne depuis plusieurs décennies.

Le monde entier vit au rythme des mesures sanitaires depuis presque un an, la question ne peut donc être évitée : comment Picard Vins & Spiritueux appréhende-t-elle la situation ?

La lutte contre le Covid, basée sur un modèle de distanciation sociale stricte, a imposé des changements drastiques dans la vie de tous.

L’organisation des hobbies et de la vie sociale des consommateurs s’est soudainement (et malheureusement) retrouvée coupée du « hors domicile » pour se concentrer au sein du foyer, redistribuant brutalement les cartes des réseaux de vente. Qui ne s’est pas lancé dans la cuisine, le bricolage ou l’organisation d’apéritifs virtuels pour garder un minimum d’interactions et de détente ?

Naturellement, dans ce schéma, sont privilégiés les acteurs qui peuvent alimenter ces nouvelles habitudes : cavistes, grandes surfaces, pure players ou tout acteur doté d’un click and collect.
Au sein de notre société, 75 % de l’activité se fait via ces réseaux, soulignant ainsi l’évident besoin d’accélérer la transformation digitale de notre entreprise en 2021. Nous réfléchissons d’ailleurs au recrutement de nouveaux profils et au développement de nouveaux outils.

Je suppose que l’évolution des palais des consommateurs vous challenge au quotidien elle aussi ?

Depuis plusieurs années maintenant, on observe une plus grande liberté dans les choix des vins, loin des carcans.
On constate également que les vins fins, racés et élégants, sur le fruit, emportent l’adhésion des consommateurs.
Nos grands vins de Bourgogne en sont une parfaite illustration.
Plus largement, le changement est une constante de notre métier et c’est à nous de nous adapter sur le long terme.
C’est ce qui rend notre métier passionnant.

La digitalisation et l’évolution des goûts ne sont pas les seuls enjeux auxquels vous, comme l’ensemble de votre secteur, faites face. Je veux parler de l’environnement : il semble que le souci environnemental ne soit pas qu’une mode de passage au sein du groupe ?

Les vignerons attentifs à la structure du sol et à leur environnement sont de plus en plus nombreux, pour certains poussés par la demande des consommateurs pour des produits plus naturels et plus respectueux de la terre.
Pour notre part, il s’agit d’une conviction profonde et nous travaillons sur le sujet depuis de longues années déjà.

Transformer un vignoble n’est pas chose aisée : c’est un projet de longue haleine nécessitant un engagement complet, économique bien sûr mais aussi humain et culturel. L’agroécologie amène une nouvelle façon de penser notre métier, en harmonie avec la nature qui nous accueille : c’est la traduction de notre conviction que de préserver la fertilité de nos sols et gérer la biodiversité de manière différente.

Ce sont des enjeux majeurs pour aujourd’hui et pour les générations futures. Il s’agit essentiellement de faire évoluer les mentalités.
Ce n’est donc pas seulement un engagement financier, et cela se traduit par la formation de tous à de nouvelles pratiques et des actes concrets sur le long terme.

Aujourd’hui, l’essentiel de nos domaines en Bourgogne sont convertis en « bio » et certaines parcelles sont gérées en biodynamie.

Des domaines « vivants », donc, dont il faut d’ores et déjà anticiper la transmission du savoir-faire et des terres. Est-ce un sujet tabou ?

Absolument pas.
Nous en avons fait un point à part entière. Nous avons œuvré à l’établissement d’une gouvernance claire et à la rédaction d’une charte familiale qui encadre le sujet. Cela permet de préparer les générations futures au métier d’actionnaires. En effet, c’est à la fois une formidable chance et une grande responsabilité.
Cela doit s’apprendre et se cultiver de telle sorte que l’Entreprise soit au cœur des préoccupations. Impliquer, former et nourrir les volontés communes d’investir pour créer un affectio societatis de l’actionnaire nécessaire à la transmission. Tout un programme.

Propos recueillis par Fanny-Marie Gabas,
Responsable Communication Institutionnelle de Grant Thornton France.