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Parité dans le private equity

Nathalie Margraitte
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Parité dans le private equity
Passer des bonnes résolutions à l’action
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Les initiatives pour promouvoir la place des femmes dans le monde du private equity se multiplient, dans une industrie où les équipes d'investissement sont encore aux trois quarts masculines. Mais au-delà de la prise de conscience et des mesures cosmétiques, le succès d’une politique d’inclusion repose sur un changement radical de mentalité et une action en profondeur sur les biais inconscients.

A première vue, on peut se réjouir que les deux plus importants acteurs français du private equity, Ardian et Eurazeo, soient dirigés par des femmes. Dominique Senequier, une des plus influentes femmes de la finance mondiale, a en effet hissé Ardian et ses 125 milliards de dollars d’actifs sous gestion au rang de leader mondial de l’investissement privé. Dans la génération suivante, Virginie Morgon a pris les rênes d’Eurazeo en 2018 et y mène une stratégie de croissance audacieuse qui lui a fait doubler ses actifs sous gestion à 27 milliards d’euros. Mais si ces pionnières du private equity brillent au sommet d’une industrie florissante, elles sont malheureusement l’exception.

Double effet miroir

Selon le baromètre annuel de France Invest qui a publié en mai dernier sa 11e édition, les femmes représentent 27 % des équipes d’investissement en 2020 et ce taux s’amenuise à mesure qu’on monte dans la hiérarchie. En effet, les effectifs féminins pèsent 39 % dans les rangs juniors de chargés d’affaires et analystes, mais la proportion est réduite à 20 % aux postes d’associés et de membres de directoires ou de comités exécutifs. Car en plus des freins traditionnels de l’égalité homme-femme dans les autres secteurs, les aspirantes à faire carrière dans le private equity sont confrontées à un double effet miroir : non seulement elles sont ultra-minoritaires dans les fonds, mais leurs interlocuteurs dans les entreprises sont aussi quasi exclusivement des hommes, puisque seules 10 % des participations en portefeuille sont dirigées par des femmes.

Lutter contre l’entre-soi et l’autocensure

Cernées par un entre-soi masculin, privées de rôles modèles et conditionnées par une forme d’autocensure, les recrues féminines ont du mal à se projeter dans le secteur et quittent souvent le navire à la trentaine pour chercher des univers moins hostiles.

Un constat longtemps considéré comme une fatalité face à l’inertie d’un secteur aux équipes réduites jusqu’à ce que la pression des investisseurs institutionnels et la mobilisation d’associations engagées pour la parité fassent bouger les lignes depuis quelques mois. Symbole fort de son volontarisme, France Invest a élu à sa tête Claire Chabrier en juin dernier et élaboré une charte parité ayant pour objectif d’atteindre 40 % de femmes dans les équipes d’investissement et 25 % de femmes ayant une responsabilité dans les décisions du comité d’investissement d’ici 2030. Cette communication vertueuse commence à porter ses fruits : la plupart des sociétés de gestion cherchent aujourd’hui à féminiser leurs équipes un peu dans l’urgence, déroulant le tapis rouge aux rares femmes du secteur et débauchant dans les rangs des banques d’affaires et des cabinets de conseil en stratégie. Encore faut-il mettre en place une véritable politique d’inclusion pour garder ces perles rares et ne pas céder à la tentation du « feminism washing » qui consiste à brandir quelques « femmes-alibis » en guise de caution tout en perpétuant l’entre-soi masculin dans les vrais centres de décision.

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