La réglementation SFDR
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La réglementation SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) n’est qu’une première étape sur le long chemin du développement durable du secteur financier.

Depuis plusieurs années maintenant, le développement durable est un objectif clairement et largement affirmé par un grand nombre des acteurs du secteur financier. Pour autant, alors que nous arrivons à ce que l’on pourrait qualifier de « point de bascule », les institutions bancaires et financières réalisent que le développement durable doit faire partie intégrante de leur stratégie et implique une transformation majeure et profonde de leurs activités, produits et services.

Au-delà de cette volonté affichée, deux facteurs vont fortement inciter les institutions financières à poursuivre et accentuer la dynamique engagée de transformation.

Le premier est la pression croissante du régulateur qui fait écho à la prise de conscience et aux inquiétudes du grand public en matière de transition écologique et climatique. On assiste en effet à l’émergence d’un cadre réglementaire contraignant et à une accélération de la croissance de la finance durable qui s’inscrit dans le cadre du Plan d’Action de l’UE.

Cette situation est saluée par les acteurs engagés de la finance durable comme Philippe Zaouati, DG de la société de gestion Mirova (Groupe Natixis) : « On dispose d’une règlementation qui n’est pas anti-business, voire qui au contraire donne aujourd’hui des avantages compétitifs aux acteurs européens » 1.

Alors que les institutions bancaires et financières commencent à peine à décrypter les nouvelles obligations de SFDR, les défis qu’elle devront ensuite relever sont nombreux : révision de la NFDR (Non Financial Reporting Directive), taxonomie européenne, benchmarks, risques ESG (Environnement, Social, Gouvernance) sans oublier la mise à jour de MiFID2 (Markets in Financial Instruments Directive).

Cette liste est loin d’être limitative car il ne s’agit en fait que des premières obligations réglementaires qui vont nécessiter de la part des établissements bancaires et financiers d’engager des actions concrètes pour comprendre les nombreux impacts, adapter et mettre en conformité leurs activités et produits.

Le second facteur est la demande de plus en plus pressante du public, des clients et des investisseurs pour accéder à des produits financiers respectant les critères ESG, la durabilité devenant un critère d’investissement à part entière. Les établissements bancaires et financiers sont ainsi en première ligne pour contribuer activement à la mise en œuvre du Plan d’Action de l’UE et plus largement favoriser la transition écologique.

Plusieurs conditions doivent être réunies pour que les établissements bancaires et financiers puissent jouer un rôle actif dans la dynamique de transformation durable.

L’intégration de la dimension et des objectifs ESG dans les programmes stratégiques des établissements bancaires et financiers est un préalable pour une création de valeur durable et l’atteinte des objectifs de performances extra-financières.

En premier lieu, il convient de s’accorder sur le niveau d’ambition de chaque composante RSE intégrée dans le plan stratégique. Un niveau d’ambition jugé comme réaliste permettra d’éviter toute remise en cause de la part des parties prenantes (public, analystes, agences de notation, ONG …) ou mise en cause de « Greenwashing ». Ainsi, ce niveau considéré comme réaliste pourra varier d’une institution à l’autre et pourra, selon les cas, se positionner entre un objectif de conformité réglementaire a minima et une ambition plus forte dans le cadre d’une mission plus engageante pour l’ensemble des activités et métiers des groupes.

Quel que soit le niveau d’ambition, la réalisation du programme de transformation et/ou son accélération pourra également s’appuyer sur un « écosystème » de partenaires externes, tel un levier permettant d’acquérir les expertises nécessaires, et l’adaptation des opérations et des activités avec les ressources internes.

Les établissements bancaires et financiers vont devoir relever de nombreux défis en commençant par la redéfinition de leur stratégie afin d’adresser à la fois les demandes de leurs clients et les besoins de leurs employés.

De toute évidence, le programme de transformation a une dimension transversale car il impacte tous les niveaux de l’organisation et l’intégralité du modèle opérationnel des établissements. Dans ce contexte, l’apparition ou le renforcement du rôle du « Chief Sustainability Officer », à côté et/ou en renfort du « Compliance Officer » notamment, dans la conception puis la mise en œuvre du programme global de transformation est une tendance de fond.

Le grand public, et plus particulièrement la jeune génération d’investisseurs, recherche des produits et services compatibles avec leurs attentes en matière environnementale. Pour répondre à leurs attentes, les établissements bancaires et financiers doivent proposer une offre de produits respectant les critères ESG et faire montre d’un engagement accru et surtout crédible sur le chemin du développement durable.

 

[1] Extrait de l’interview de Philippe Zaouati, CEO de Mirova, réalisée par Nathalie Margraitte et Fabrice Lepeltier de Grant Thornton