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Jamais sans ma supérette !

Marie-Pierre Omnès
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Jamais sans ma supérette !
Le sens de l’adaptation des commerces de proximité
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Portés par l’impossibilité de se déplacer pendant les périodes de confinement et de couvre-feux, la nécessité de s’alimenter et l’envie de se faire plaisir avec le retour de la cuisine dans les foyers et la substitution à la restauration collective, les commerces de proximité dans le secteur de la distribution alimentaire dits « essentiels » ont bien traversé la crise sanitaire et économique.

Le regain d’intérêt pour ces magasins a été confirmé par les comportements de leurs clients depuis la crise et se traduit par plusieurs tendances :

  • Les indépendants ont mieux résisté à la pandémie que les magasins ou les chaînes en succursale.
  • Les ventes des magasins de proximité ont progressé de 1,1 milliard d’euros en France en 2020, soit une hausse de plus de 8,6 % et les supermarchés ont gagné 1 milliard de plus que l’an dernier (+5 %).[1]
  • Les chiffres d’affaires des rayons épicerie, DPH (Droguerie, Parfumerie, Hygiène), fruits et légumes ont présenté les plus fortes progressions. 
  • Les paniers moyens ont progressé, entre 21 et 50 euros lors de chaque visite.
  • Les courses principales sont réalisées dans les magasins de proximité, qui ne sont plus qualifiés de « magasins de dépannage » et les enseignes ont capitalisé sur ces nouvelles habitudes.
    Les emplacements proches des domiciles sont désormais préférés aux emplacements à proximité de son travail du fait du télétravail, ce qui a permis notamment aux magasins des zones rurales de connaître de fortes croissances en défaveur des magasins proches des aéroports, gares, quartiers touristiques. Le maillage des enseignes en petites et moyennes villes est donc un atout souligné par la pandémie sur lequel les groupes pourraient bien capitaliser.

Proximité, produits responsables et prix : les ingrédients d’un succès qui pourrait bien durer.

Puisque trois des piliers du confinement étaient le télétravail, la fermeture des enseignes non-essentielles et la limitation des distances procures, une majorité des consommateurs s’est tournée vers les commerçants proches de chez eux.

Ainsi, de nombreux nouveaux points de vente ont été ouverts et des modernisations de concept ont été rapidement opérées pour les rendre plus attirants : nouvelles offres, nouveaux formats familiaux, nouveaux services, relais colis, ventes à domicile et drive.

Une tendance s’est alors faite plus présente : la consommation dite responsable. À ce titre, à Paris, en 2020, un tiers des magasins ouverts étaient des commerces responsables (sources GIE Paris Commerce) ; la principale caractéristique de ces derniers étant la vente des produits locaux et l’approvisionnement via des circuits courts. Les Français ont regardé de plus près le contenu de leurs assiettes et les grandes villes ont ainsi assisté au retour des laiteries, boulangeries, brasseurs, … Dans ce contexte, la vente du bio représente également une tendance forte sur le marché.

Cependant, les consommateurs restent attentifs aux prix surtout en période de crise économique : ils reprochent aux magasins de la proximité des prix plus élevés que dans les grandes surfaces. Les commerçants essaient donc de s’organiser pour regrouper leurs achats auprès de producteurs locaux dans l’objectif d’abaisser les prix.

Les enseignes restent vigilantes sur les prix pratiqués pour qu’ils restent acceptables sur l’ensemble des produits. L’on remarque d’ailleurs que de nouveaux formats de hard discount « à la dure » apparaissent sur le marché pour concurrencer les Lidl et Aldi devenus un peu chers. Le succès de l’enseigne Action nous prouve d’ailleurs bien que les Français raffolent des petits prix, mais, malgré tout, quelques groupements régionaux de la distribution conservant leurs spécificités liées à leur ancrage territorial tirent néanmoins leur épingle du jeu.

Les économies de toutes ces évolutions sont à suivre avec le plus grand intérêt par les différentes parties prenantes. Les experts spécialisés dans la franchise et la distribution chez Grant Thornton évoluent dans ce contexte et ont pour ambition d’apporter les meilleurs services pour quantifier, comparer, alerter, anticiper différents indicateurs de gestion permettant de piloter ces changements.

 

[1] Article : « La franchise et le commerce associé résistent », LSA, 16 mars 2021.