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Harcèlement au travail

Benjamin Pondé
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Harcèlements au travail
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De toutes les alertes que peuvent rencontrer nos clients, le harcèlement, qu’il soit moral ou sexuel, est peut-être celui qui provoque le plus un sentiment de panique chez les référents aux alertes éthiques, les référents harcèlement et les comités d’éthique. Cela tient en particulier au fait que les responsables de la gestion de ces alertes sont ainsi directement placés devant une victime à qui il faut apporter une réponse. Ici, c’est l’humain qui est en danger.

Loin de n’arriver qu’aux autres, le harcèlement au travail (moral ou sexuel) est vécu par 20% des femmes et 15,5% des hommes chaque année. Ici s’agit donc là d’agissements présents dans la quasi-totalité des entreprises de taille moyenne à importante. Il est bien souvent tabou, vécu en silence.

Pour en avoir traité à divers niveaux de gravité, tant durant mes années d’enquêteur de Police que depuis que j’ai rejoint Grant Thornton, il est frappant de constater qu’un fait de harcèlement est la résultante unique d’un contexte, d’une psychologie de la victime et de celle de son auteur. Chaque cas est différent et chaque cas est important.

Alors comment faire pour lutter contre le harcèlement ?

En cas d’alerte, le déclenchement d’une enquête interne doit être systématique du fait de l’obligation de sécurité imposée à l’employeur par le code du travail. L’un des enjeux majeurs sera d’apporter dans un premier temps toute l’attention nécessaire à la victime pour qu’elle se sente entendue. Ce sera l’occasion d’affirmer les valeurs défendues par l’entreprise et de ne pas briser le lien de confiance avec le salarié. Des mesures visant à faire cesser cette situation doivent être prises au plus vite, elles viendront renforcer le sentiment de sécurité de la victime, celui d’avoir frappé à la bonne porte.

Vient ensuite l’investigation. C’est là que le Forensic apporte une véritable plus-value avec ses quatre qualités que sont l’objectivité, la factualité et le fait d’investiguer à charge comme à décharge

L’objectivité comme boussole

L’objectivité d’abord car il faut savoir rester neutre par rapport au tort qu’a subi la victime. C’est l’une des principales erreurs dans le traitement de ce type de dossier : la victime vous a ému et vous analysez la situation par le prisme des émotions qu’elle vous a communiquées. C’est bien sûr un réflex tout à fait humain mais vous vous exposez ainsi à être manipulé par de fausses victimes pensant pouvoir tourner certaines situations à leur avantage.

C’est une chose qui peut arriver : j’ai eu affaire au cours de ma carrière à certaines « victimes » capables d’accuser à tort un ancien partenaire des pires immondices juste pour avoir l’ascendant sur lui. Ces personnes ne se rendent pas compte de la gravité de leurs fausses accusations. L’important pour elles, c’est d’avoir le dessus sur l’autre et qu’importe les conséquences.

La prise de hauteur vous permettra donc d’investiguer indépendamment de tout à priori.

La factualité comme code de conduite

La factualité, règle d’or du Forensic, nous permet d’opposer les justifications du suspect au préjudice subi par la victime. Car ne vous y trompez pas : dans 90% du temps, le suspect pourra vous expliquer très clairement, selon lui, les raisons de ses actes pensant n’avoir commis aucune faute (les 10% restants étant des « coups de folie » qui, par chance, n’ont pas donné lieu à des infractions beaucoup plus graves).

L’analyse des faits s’opposera à son raisonnement : l’inaptitude au travail d’une personne vous permet-elle de faire de sa vie un enfer ? Une mauvaise interprétation d’un comportement amical vous autorise-t-elle à franchir les limites de son intimité ? …

Il n’est pas toujours facile de savoir où placer le curseur de l’acceptable dans les relations humaines. La factualité, adoptant une rigueur quasi mathématique, permet la meilleure analyse car elle dissocie les actes de l’intention.

Incriminer comme discriminer

Ces faits sont à rechercher tant à charge, qu’à décharge. Comme je vous le disais plus haut, il ne faut pas exclure que la victime puisse ne pas en être une, que son ressenti puisse être le fruit d’un contexte involontaire, voir même d’un quiproquo. La victime peut aussi avoir volontairement noirci le tableau pour vous inciter à agir ou s’assurer qu’il y aura bien des conséquences à tout cela pour le suspect. A l‘inverse, elle a peut-être minimisé les faits par timidité, honte ou culpabilité (sentiments qui se rencontrent très souvent chez les victimes de harcèlement).

Il convient donc de démêler le vrai du faux, de mesurer précisément l’impact de chaque fait. Il ne restera plus qu’à déterminer le critère intentionnel pour avoir une vision claire de ce qu’il s’est passé indépendamment du ressenti de chacun : de la victime, du suspect mais aussi de l’enquêteur.

Cette recherche de l’intention (du suspect comme de la victime, quand cette dernière n’a pas été de bonne foi dans son alerte) est la clef de compréhension de l’ensemble du cas. Mise côte à côte avec la factualité de vos investigations, elle facilitera la prise de décision dans l’après enquête.

Une discipline mentale comme principal outil

J’aurais pu aussi vous détailler comment le Forensic pouvait vous aider sur le plan technique dans les enquêtes de harcèlement (je vous renvoie en partie à mon précédent article « ils ne sont pas assez bêtes pour écrire ça ! » pour vous faire une idée) ou traiter de la façon de mener ces entretiens mais il me semblait plus important encore de mettre en avant l’importance du schéma de pensée à adopter pour les réussir. Il s’agit, selon moi, d’une condition sine qua none pour s’approcher au plus près de la vérité dans ces types d’enquêtes.

Le traitement des cas de harcèlement touche à l’humain de bien des manières, c’est surement pour cela qu’ils font partie des plus difficiles à gérer.

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