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Financement de la BITD : un enjeu économique et de souveraineté

Nicolas Tixier
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Financement de la BITD : un enjeu économique et de souveraineté
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La Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD) représente environ 200 000 emplois directs ainsi qu’une contribution positive à la balance commerciale française. Au-delà de l’aspect économique, elle est la garante de notre autonomie en matière de production de matériels de défense.

Alors que les dépenses militaires s’accroissent, la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 prévoit un investissement de 295 Milliards d’euros sur 7 ans pour rénover et moderniser les équipements, l’on observe un phénomène paradoxal pour la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD). En effet, les industriels font de plus en plus souvent état de difficultés pour accéder au financement de leurs projets.

Ce phénomène résulte principalement de critères d’investissement plus stricts en matière de RSE, mais également de risque de réputation de la part d’un grand nombre de fonds d’investissements et de banques. Cette dynamique n’est pas proprement française et s’observe en tout cas à l’échelle européenne. Outre-Atlantique, certains fonds affichent un intérêt certain pour le secteur et lèvent des sommes considérables qu’ils n’hésitent pas à investir dans notre tissu industriel. Cette force de frappe pose sous un autre angle la question de la souveraineté. La notion des actifs stratégiques mériterait d’être clarifiée. Au-delà de ces aspects, il faut reconnaitre que le cycle industriel des activités de Défense ne correspond pas nécessairement à l’horizon d’investissement d’un fonds.

L’enjeu de sécurisation de nos savoirs faire et approvisionnements pour les forces repose pourtant sur la capacité des acteurs de la BITD à atteindre une taille critique et à devenir des acteurs internationaux de premier plan. Ceci suppose l’accès aux capitaux pour financer l’investissement, l’innovation, le développement à l’export ou la croissance externe.

L’Etat via la DGA a mis en place divers dispositifs permettant de financer l’innovation (subvention RAPID par exemple) ou de sécuriser le capital d’entreprises considérées comme d’intérêt stratégique pour la Défense à travers le fonds Definvest. Les moyens restent cependant limités au regard des besoins.

On notera à ce titre l’initiative lancée récemment par France Angels, Fédération française des business angels, qui a développé une nouvelle structure sectorielle : Défense Angels.

L’objectif est également de rendre ces entreprises moins dépendantes à la commande publique. Le fonds Innovation Défense a ainsi pour but de monter au capital de société développant des technologies duales (civiles et militaires). La capacité à adresser un marché hors-défense doit permettre de garantir l’accès à un marché plus large et, à travers la solidité commerciale et financière que cela apporte, de sécuriser indirectement la pérennité du savoir-faire en matière de Défense.

Dans un monde où « la compétition entre nations est le mode normal d’expression de la puissance » et ou le seuil entre compétition, contestation et affrontement est ténu, comme en fait état le Chef d’Etat Major des Armées dans sa vision stratégique 2021, il serait bon de se donner les moyens de nos ambitions.