Ebitda Normatif/ Ebitda réel/ Ebitda retraité
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Dans un environnement manquant de visibilité, la difficulté de se projeter à quelques mois rend le pilotage financier des entreprises complexe. Pourtant, les transactions qui ont animé ces derniers mois ont été bâties sur des scénarios neutralisant l’impact Covid et occultant les risques d’une crise économique succédant à la crise sanitaire.

Tout change et pourtant rien ne change. Ce pourrait être le constat paradoxal de l’impact de cette épidémie sur les pratiques M&A. Les principales tendances préexistant à la crise sanitaire ont au contraire été accélérées avec des process plus compétitifs portant sur les actifs résilients dans les secteurs déjà très courtisés de la santé, la tech, l’éducation, et quelques filières de l’agroalimentaire et du transport. Après quelques mois de tétanisation au printemps, les négociations entamées

pré-covid dans ces secteurs ont repris de plus belle. Les transactions se sont conclues à des multiples d’Ebitda encore plus élevés qu’avant-crise, du fait de la raréfaction des cibles de qualité et de l’appétit des fonds d’investissement gorgés de « poudre sèche » à déployer.

La part de subjectivité intrinsèquement attachée aux retraitements de l’Ebitda a forcément été amplifiée dans un contexte où la différence entre le normatif, le réel, l’hypothétique post-Covid et le regretté pré-Covid se prête plus volontiers à des débats philosophiques sur le « monde d’après » qu’à des discussions rationnelles sur la structure de coûts et les prévisions de ventes.

Déni ou capacité d’adaptation ?

Les process des secteurs impactés violemment par la pandémie ont, eux, tout simplement été retirés du marché en attendant qu’un retour à la normale, sans cesse retardé, puisse donner de la visibilité aux acheteurs et pénalise moins les vendeurs. Pour les opérations en cours en revanche, le postulat du retour au « monde d’avant » reste maître des projections dans les business plans, malgré quelques ajustements à la marge tentant d’évaluer l’impact de la mutation des modes de déplacement, la généralisation du télétravail et la baisse de fréquentation des foires et salons sur certains modèles économiques.

Les scénarios les plus conservateurs pondèrent de quelques points les risques liés à ces bouleversements mais la plupart tentent de neutraliser l’effet Covid comme un événement exceptionnel et non récurrent. De fait, dans un marché anesthésié par l’injection massive de l’argent public, il est encore prématuré de faire le tri entre les entreprises structurellement affectées par les conséquences de la pandémie et celles qui retrouveront rapidement leur vitesse de croisière.

Pour l’heure, le marché de la transaction a su s’adapter rapidement à ce nouvel environnement. Néanmoins, la sortie de crise sanitaire, synonyme de la fin des aides aux entreprises pourrait provoquer une crise sociale et économique qui pourrait à nouveau rebattre les cartes.