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Vers une mobilité vertueuse

Depuis le début du XXième siècle, notre confort dépend du progrès de l’industrie automobile.
Les nouvelles générations ne se reconnaissent plus dans la voiture, icône du consumérisme. Il faut changer de logiciel, remettre en question notre mode de vie.
L’automobile et son carburant (le pétrole) ont façonné l’histoire. Ça ne changera pas. L’innovation technologique combinée à la raréfaction des ressources nécessaires nous obligeront à de vrais choix de société pour la conception d’une mobilité vertueuse.

Voici M. Mulot, nous sommes en 2035

Depuis la pandémie, les heures de travail ont été réaménagées. Trois jours par semaine, M. Mulot reste à la maison. Le mardi et le jeudi il va au travail avec un véhicule loué et mutualisé avec des voisins dont les emplois du temps sont gérés via une plateforme et un système de GPS. M. Mulot recharge son véhicule à l’électricité que produisent des panneaux solaires placés sur le toit de sa maison.

La maison, le véhicule, le vélo d’appartement et même le rameur de la famille sont interconnectés : l’énergie va là où elle est demandée. 95% des matériaux qui ont servi à construire son véhicule sont recyclables. Avec la nécessité de renouveler le parc, le secteur automobile est florissant. Son beau-frère, patron d’usine, en sait quelque chose : ils ont dû investir dans la formation pour se mettre au diapason.

Un scénario idéal ? Non, une réalité exigeante qui demandera l’effort de tous.

Pas de solution miracle

Avec le réchauffement climatique et la pollution de l’environnement, les pouvoirs publics ont incité les constructeurs à réagir. Avec plus ou moins d’à-propos. Le gouvernement français a promu le diesel parce que ses émissions de CO2 sont moindres tout en oubliant que celles des particules fines et des nitrates étaient élevées. Exit le diesel.

Avec ses véhicules hybrides, Toyota a fait le pari d’une transition douce, arguant qu’on ne pourrait pas passer au tout électrique en une décennie. Aux USA, Tesla a choisi de vendre cher (jusqu’à 150,000 euros par véhicule) pour se donner le temps de fiabiliser ses produits et d’améliorer ses moteurs. Une stratégie payante.

Le nouveau monde qui se dessine paraît simple : les voitures roulent à l’électrique et l’air devient respirable. C’est oublier – contradiction - que l’électricité est parfois produite dans des centrales à charbon. Quant aux énergies alternatives aux hydrocarbures, elles posent des problèmes de société et de sécurité. L’expérience aidant, on y voit plus clair. L’atome est puissant mais létal quand il s’enraye. L’hydrogène est encore explosif. L’hydraulique est limité par les points d’eaux. L’éolien est bruyant. Reste le solaire, gourmand en silicium (panneaux) et lithium (batteries) extraits dans des pays fragiles.

Derrière la fiscalité : la peur de l’échec

L’exemple de Tesla nous questionne. A-t-on un problème de financement ou de méthode ? Les ressources financières distribuées, comme les incitations fiscales, n’ont rien donné. En France, 9 start-up sur 10 sont en situation d’échec. Ce n’est pas la capacité de financement (l’argent est là) qui est en cause mais son usage.

On valorise l’idée, mais on néglige la mise en œuvre. Pourquoi ? Par peur de l’échec. Contrairement aux Américains, les Français ne savent pas prendre des risques, ils sont peu rodés aux principes du design thinking (progrès continu) et l’investissement est envisagé comme un endettement, pas comme un pari sur l’avenir.

Il faut changer les mentalités, en se posant les bonnes questions. On réfléchit trop en silos. Les responsables du plan sont déconnectés de la filière automobile. La fiscalité encourage l’électrique mais elle ne bénéficie qu’à des happy few. De même, les primes à la casse sont insuffisantes. La réalité, c’est que le parc automobile français compte 40 millions de véhicules et que la majorité d’entre eux sont polluants.

Il faudra quinze ans pour le purger. Ne peut-on pas en faire une priorité ? Autre échec : l’incapacité à appréhender la filière dans son intégralité. Réfléchit-on à la nature des composants de la voiture ? Dispose-t-on des réseaux et des personnels qualifiés pour appréhender ce nouveau parc (entretient, recyclage) ?

Réinventer notre quotidien

Poser la bonne question, tel est l’enjeu. Un peu comme si on décidait de chauffer une maison avec des panneaux solaires plutôt qu’avec du fioul, tout en oubliant qu’il faudrait améliorer l’isolement pour dépenser moins d’énergie. Cela nécessite une concertation générale, en mettant tout sur la table, en se donnant un objectif (progressif et incitatif) et les moyens de l’atteindre. Car l’ambition n’est pas une stratégie.

Derrière toutes ces considérations se cache un réel défi : notre capacité, collectivement, mais surtout individuellement, à changer de paradigme. Les crises sociales récentes ont montré le décalage entre les villes et les campagnes. Le besoin d’auto n’est pas égal partout.

La question doit être adressée en amont. Un exemple sur la mobilité ? Parce que nous devons consommer moins d’énergie pour aller plus loin, nous cherchons une énergie plus performante alors qu’il suffit d’alléger le poids de la voiture pour y mettre une batterie plus importante. Pas besoin de ruptures technologiques fracassantes pour faire des avancées significatives. Un autre exemple : en travaillant chez soi deux jours par semaine, on réduit les émissions de 40%. Le monde de M. Mulot n’est peut-être pas si loin.

Associé, Directeur national de l’Expertise Conseil
Laurent Prost Rencontrez Laurent