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Le réchauffement climatique rebat les cartes des vendanges

Avec un impact indéniable sur les vignobles et cépages de l’hexagone, le réchauffement climatique touche à un de nos trésors nationaux, obligeant les exploitants de ses 66 départements viticoles à s’adapter. Focus sur la Bourgogne.

Depuis le début des années 80, les dates de début de vendanges ont été nettement avancées.

En Bourgogne, la date de début des vendanges a été le 5 septembre, sur une période allant de 1988 à 2018, soit une avancée de plus de trois semaines si l’on compare avec une moyenne sur tout l’historique connu depuis le 14ème siècle.

Si l’on regarde depuis 1980, aucune vendange n’a débuté en octobre, alors qu’entre 1940 et 1980 c’était le cas une fois sur deux.

Bien évidemment, depuis, les méthodes de vinification ont changé, de nombreux laboratoires œnologiques ont été créés, la chimie a fait son entrée dans nombre de domaines viticoles.

Pour autant, les vendages 2020 ont débuté en Bourgogne le 13 août, soit cinq jours avant celles de 2003, année historique de canicule.

Selon Thomas Labbé*, 10 jours d’écart entre les dates de vendanges équivalent à 1°C d’écart de température sur la période printemps-été.

Dans ce contexte, les vignerons doivent s’adapter à une évolution de la culture de la vigne, car ce réchauffement climatique pose de nombreuses questions.

La précocité des récoltes provient notamment du fait que les hivers sont moins rigoureux ; la végétation arrive à maturité prématurément, ce qui la rend plus fragile, car en avril ou mai, les risques de gel sont encore omniprésents. En Bourgogne les viticulteurs ont été amenés depuis quelques années à prendre des mesures particulières, comme allumer des feux de pailles au milieu du vignoble (à la toute fin du mois d’avril en 2017, certains ont d’ailleurs provoqué quelques incidents de circulation en raison de la propagation d’une fumée importante).

Cette précocité pose le sujet plus globalement :  les vignobles actuels seront-ils encore adaptés dans 10 ou 15 ans, sachant qu’une vigne nouvelle donne son maximum aux alentours de son vingtième anniversaire ?

Pour anticiper et résoudre une partie du problème, les vignerons modifient leur façon de cultiver, en revenant à des techniques ancestrales comme l’enherbement systématique des terres qui permet de conserver de l’humidité ou bien en évitant l’effeuillage systématique des vignes qui les protègent du soleil plus qu’on ne le pense.

Les cépages sont l’autre sujet majeur. En choisissant les cépages les mieux adaptés au terroir, l’on pourrait ainsi amoindrir les effets du changement climatique. Mais les contraintes liées au cahier des charges des AOC, très strictes, rendent impossible à court terme un tel procédé.

Et quand au « switch» de région, cela reste évidemment interdit ; même si récemment, une célèbre maison de Champagne a planté 60 hectares de vigne dans le Kent… juste pour voir.

L’INRA est en recherche de cépages plus résistants capables de survivre à climat plus chaud. Même si cela va forcément modifier les célèbres climats de Bourgogne classés au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2015, avec des vins issus de deux cépages uniques, le pinot noir pour le vin rouge et le chardonnay pour le vin blanc.

 

* Thomas Labbé est docteur en histoire et chercheur à l'université de Bourgogne, auteur de « Comment comprendre la notion de catastrophe naturelle dans la pensée médiévale ».

Associé
Thierry Rizza Rencontrez Thierry