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Biologie médicale : une consolidation bien avancée mais pas encore achevée

Emilie Descroix
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Emilie Descroix
Biologie médicale : une consolidation bien avancée mais pas encore achevée
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La consolidation du marché de la biologie médicale en France s’est accélérée ces dernières années sous l’impulsion de l’appétit des fonds d’investissement. Poussée par des dépenses publiques sous contrainte, la pression à la concentration est toujours aussi forte dans le secteur.

Eurofins, Cerba HealthCare, Biogroup, Inovie, Synlab, Unilabs… certains de ces noms de laboratoires de biologie médicale sont devenus très familiers pendant le Covid et la routine des tests PCR quasi quotidiens. De fait, ces six géants sont à la tête de 65% du marché français, constituant des plateformes d’adossement pour les labos indépendants, dont le nombre est passé de 5 000 structures en 2008 à environ 400 en 2021. Depuis qu’une loi de 2010 autorise les professionnels de santé à ouvrir le capital de leurs sociétés à des non-biologistes, les investisseurs financiers sont arrivés en masse, industrialisant et consolidant le marché à toute allure.

L’impact de la crise sanitaire

Avec le Covid-19, l’appétit des fonds d’investissement a redoublé, alimenté par la croissance du secteur dont les revenus, dopés par les tests PCR, sont passés de 5,1 milliards d’euros en 2019 à 9,4 milliards deux ans plus tard.

En mars 2021, Cerba Healthcare a ainsi signé un des plus gros LBO français en étant valorisé 4,5 milliards d’euros par le fonds scandinave EQT, tandis que l’un des derniers groupes à être resté indépendant, Inovie, cédait fin 2020 aux sirènes du private equity en menant son LBO primaire avec Ardian pour une valorisation d’1,5 milliard d’euros. De quoi lui donner les moyens de mettre la main sur son confrère parisien Bioclinic en juin 2022, pour une valorisation de 500 millions d’euros. Les structures qui se vendaient à 50% de leur chiffre d’affaires il y a encore une quinzaine d’années se négocient désormais entre trois et quatre fois leurs revenus, du fait de l’augmentation de la taille des cibles et de la concentration déjà avancée du secteur.

Une dynamique irréversible

Il faut dire que les moteurs entretenant ce mouvement de consolidation sont plus que jamais d’actualité. Face à la lourdeur des investissements dans le secteur, aux faibles marges réalisées et à la baisse de 30% du prix des actes de biologie - régulés par l’Assurance-maladie - au cours des dix dernières années, la mutualisation des coûts et des plateaux techniques s’avère indispensable. D’autant que la pression des pouvoirs sur les honoraires s’est accrue récemment, ayant donné lieu à des mois de bras de fer sur le budget 2023 de la sécurité sociale, prévoyant de ponctionner une partie des « bénéfices Covid ».

Ces tensions pourraient se répercuter à la baisse sur les valorisations des opérations des prochains mois même s’il est encore prématuré d’en tirer des conclusions. Car l’attractivité du secteur repose sur des fondamentaux solides. Si les facteurs démographiques liés au vieillissement de la population et à l’explosion des maladies chroniques garantissent un volume d’activité en hausse constante pour les biologistes, leurs besoins en capitaux pour garantir une prestation de qualité à un moindre coût alimentent une dynamique d’adossement irréversible, inspirant au passage le secteur cousin de l’imagerie médicale, dont la consolidation moins avancée, a connu une accélération rapide ces derniers mois.