Un été indien pour le moral des dirigeants, un automne plus incertain pour l’emploi
17 septembre 2026_ Grant Thornton France, groupe d’audit et de conseil, présente ce jour les résultats de son 158ème Baromètre de la confiance des PME-ETI. Cette étude a été réalisée du 5 au 28 août 2026, auprès de 220 dirigeants d’entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à 20 millions d’euros, par l’Institut OpinionWay, en partenariat avec le magazine Challenges.
Adam Nicol, Président de Grant Thornton, déclare : « Depuis le plancher du printemps, où la confiance des dirigeants avait atteint des niveaux proches de ceux de la crise sanitaire, le baromètre de septembre marque un vrai retournement : +10 points, la quatrième rentrée consécutive en hausse. Les dirigeants retrouvent confiance dans leur entreprise — et c’est une bonne nouvelle. Mais ce rebond porte une contradiction que nous ne pouvons ignorer : pour la première fois depuis novembre 2020, le solde d’emploi est devenu négatif. Les entreprises croient en leur avenir mais freinent leurs recrutements. Ce n’est pas de la frilosité — c’est de la lucidité face à une conjoncture nationale qui reste atone, un contexte budgétaire encore illisible et une demande intérieure qui peine à redémarrer. Ce que nous dit ce baromètre, c’est que la confiance est revenue, mais pas encore les conditions d’un rebond de l’emploi. Et sans emploi, pas de croissance durable. Les ETI et PME sont prêtes — c’est aux pouvoirs publics de leur donner un cap clair pour l’automne. »
À RETENIR
- Confiance entreprise : 76 % (+10 pts vs juin) — 4ème rentrée consécutive en hausse, mais en deçà des trois précédentes (85 %, 93 %, 88 %)
- Emploi : solde à −3 points, territoire négatif pour la première fois depuis novembre 2020
- Économie française : 28 % (+7 pts) — rebond prudent, plus de 7 dirigeants sur 10 restent défiants
- Économie mondiale : 28 % (+6 pts) — portée par les services (35 %)
- Santé mentale : 96 % des dirigeants en bonne santé mentale, mais −11 pts chez les salariés
La confiance dans leur propre entreprise retrouve de l’élan
Après trois mois de recul consécutifs entre mars et mai 2026 — qui avaient ramené la confiance à 63 %, son niveau le plus bas depuis la crise sanitaire de 2020 — l’indicateur amorçait un premier redressement en juin (+3 points, à 66 %). La rentrée de septembre confirme et amplifie ce retournement : 76 % des dirigeants se déclarent désormais confiants dans les perspectives de leur propre entreprise, soit une progression de 10 points par rapport à juin.
Cette dynamique positive s’inscrit dans une tendance récurrente : pour la quatrième année consécutive, le niveau de confiance progresse entre juin et septembre. Elle ne saurait toutefois occulter le fait que ce rebond reste inférieur aux trois rentrées précédentes (85 % en 2025, 93 % en 2024, 88 % en 2023), témoignant d’un retour à l’optimisme encore incomplet dans un environnement économique et politique qui demeure incertain.
Un rebond généralisé, particulièrement marqué dans le commerce
Le redressement est visible dans l’ensemble des secteurs. Le commerce enregistre la progression la plus forte, avec une confiance atteignant 80 % (+17 points vs juin). L’industrie et la construction se redressent à 74 % (+12 points), tandis que les services, qui avaient joué un rôle d’amortisseur tout au long du printemps, progressent à 72 % (+3 points).
L’économie française : un frémissement prudent, pas une embellie
En hausse de 7 points par rapport à juin, la confiance dans l’économie française atteint 28 %. Un signal encourageant, qui s’éloigne du point bas historique de mai (16 %, niveau comparable à celui de la crise sanitaire), mais qui reste à relativiser avec soin : plus de sept dirigeants sur dix continuent de se montrer défiants à l’égard des perspectives nationales.
Cette remontée traduit davantage un recul des inquiétudes les plus immédiates — notamment géopolitiques — qu’une amélioration perçue de la conjoncture réelle. La situation économique française reste en effet peu porteuse : croissance nulle au premier trimestre 2026 (0,0 %), PIB stable au deuxième trimestre selon l’Insee, demande intérieure atone et environnement budgétaire toujours illisible.
L’emploi bascule : signal de vigilance pour l’automne
C’est le fait marquant — et préoccupant — de cette édition. Alors que la confiance se redresse, le marché de l’emploi bascule pour la première fois depuis novembre 2020 en territoire négatif : le solde d’emploi s’établit à −3 points en septembre (9 % d’intentions de recrutement contre 12 % d’intentions de réduction d’effectifs).
Cette divergence entre confiance et emploi n’est pas une contradiction — c’est une logique de prudence. Les entreprises croient en leur potentiel mais ne recrutent pas, faute de visibilité suffisante sur la demande, le contexte budgétaire et l’environnement politique. La stratégie dominante reste la stabilisation : 79 % des dirigeants choisissent de maintenir leurs effectifs à niveau constant.
Les services, premier secteur touché
Le décrochage est particulièrement marqué dans les services, où le solde d’emploi passe de +11 points en juin à −7 points en septembre. Ce secteur, qui avait jusqu’ici joué le rôle d’amortisseur conjoncturel, envoie un signal d’alerte que les mois à venir méritent une surveillance attentive. L’hypothèse d’un impact de l’IA sur les intentions d’embauche mérite d’être posée, sans pouvoir être confirmée à ce stade : la dégradation traduit plus probablement la faiblesse persistante de la demande et la prudence accrue des décideurs.
La confiance mondiale : recul des peurs extrêmes, fragilités persistantes
La confiance dans l’économie mondiale progresse à 28 % (+6 points vs juin), portée notamment par le secteur des services (35 %, +16 points). Cette amélioration reflète un recul des inquiétudes les plus aiguës, dans le sillage d’une perception plus favorable de la résistance de l’économie mondiale aux chocs géopolitiques.
Pour autant, les risques restent élevés. Le FMI table sur une croissance mondiale de 3,0 % en 2026 et 3,4 % en 2027, mais prévoit une inflation mondiale à 4,7 % en 2026, susceptible d’être accentuée par les tensions énergétiques. 72 % des dirigeants restent inquiets sur les perspectives mondiales, et les perturbations sur les chaînes d’approvisionnement comme la volatilité des prix de l’énergie continuent d’alimenter l’incertitude.
Santé mentale : les dirigeants tiennent, leurs salariés en ont besoin
Ce baromètre consacre pour la première fois un volet complet à la santé mentale des dirigeants et de leurs équipes. Les résultats dessinent un tableau contrasté, révélateur des tensions qui traversent les organisations après plusieurs mois de crise.
96 % des dirigeants se déclarent en bonne santé mentale
Malgré l’accumulation de six mois de turbulences — crise de confiance, choc géopolitique, emploi sous tension — 96 % des dirigeants estiment leur santé mentale actuelle bonne, dont une proportion significative la juge très bonne. Ce niveau de résilience personnelle est remarquable. Il traduit une capacité à compartimenter les pressions et à maintenir une posture active face à l’incertitude, qui est l’une des caractéristiques des dirigeants de PME et d’ETI.
Pour autant, les facteurs de pression sont bien réels. Les deux premiers éléments qui influencent le moral des dirigeants sont la gestion des équipes (43 %) — recrutement, organisation, engagement dans la durée — et le contexte économique national (42 %). Les tensions géopolitiques (36 %), l’équilibre vie professionnelle/personnelle (34 %) et la charge de travail (33 %) complètent ce tableau.
Mais −11 points chez les salariés : la fracture silencieuse
L’image se retourne lorsqu’on regarde les équipes. Un dirigeant sur cinq (20 %) constate une dégradation de la santé mentale de ses salariés au cours des douze derniers mois, contre seulement 9 % qui observent une amélioration, soit un différentiel de −11 points. Cette fracture entre le moral du dirigeant et celui de ses équipes est l’un des signaux les plus préoccupants de cette édition.
Des entreprises qui agissent, sans encore inverser la tendance
Face à ce constat, les entreprises ont multiplié les initiatives : prévention des risques psychosociaux (54 %), adaptation de l’organisation du travail (49 %), initiatives pour l’équilibre vie pro/perso (39 %), dispositifs d’écoute psychologique (30 %). En moyenne, 2,3 types d’actions ont été déployés par entreprise au cours des douze derniers mois.
Le défi pour l’automne n’est plus de multiplier les dispositifs, mais d’en maximiser l’efficacité. La santé mentale est passée du statut de sujet RH à celui d’enjeu de performance et de compétitivité : 82 % des dirigeants estiment que leur propre état mental a un impact sur la performance de leur entreprise.
Baromètre de la confiance des dirigeants d’ETI
