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La lettre des décideurs n°16

Les véritables impacts de la transformation digitale

sur la fonction achats

Nous connaissons actuellement des mutations technologiques profondes qui ont déjà commencé à modifier nos approches métiers et nos façons de travailler. Cette nouvelle révolution industrielle nous « changera » plus que nous le pensons dans les années à venir. Comment ? Difficile de l’anticiper exactement mais ce qui est certain c’est que la vague numérique se caractérise par une plus grande agilité, une plus grande rapidité et de plus grands potentiels.

Grâce aux nouvelles technologies comme l’Intelligence Artificielle, les Bots, le Deep Learning Machine, ou encore la Blockchain… la performance, l’efficacité et la productivité seront encore plus essentielles dans un environnement toujours plus concurrentiel. Mieux collaborer ensemble, mieux partager des données et informations en constante inflation, mais surtout mieux accompagner les femmes et les hommes dans ce changement, sont les défis réels auxquels il faut s’atteler. 

Ceux qui s’engagent dans cette voie auront un avantage sérieux sur leurs concurrents de demain. Toutes les entreprises sont concernées, et de plus en plus de métiers en tirent parti au quotidien, sous différentes formes comme la vente, le marketing et la communication. Mais ces fonctions ne sont pas les seules. Si les directions des achats ont eu du mal à rentrer dans ce mouvement numérique, elles sont désormais en pleine conscience et agissent par conviction. Elles ont un rôle important à jouer.

D’abord en accompagnant le mouvement de manière transverse, mais aussi en adaptant leurs pratiques et en tirant parti des nouveaux outils numériques pour gagner en efficacité. « Pour la direction des achats, il est impératif d’évoluer en même temps que ses interlocuteurs, en se mettant à niveau dans un domaine où un nouveau mot apparaît tous les jours, pour ne pas se laisser dépasser et rester capable d’apporter de la valeur » précise Fabien Krawczyk, Directeur des Achats Immatériel du Groupe La Poste*. 

Quels sont donc les impacts de cette transformation sur la fonction achats ? Cette révolution industrielle véridique modifie tout d’abord le métier de l’acheteur. Elle lui offre la possibilité d’une plus grande mobilité grâce à internet. Elle lui permet de gérer son quotidien à distance grâce aux outils en mode cloud computing.

Il peut également se détacher de tâches administratives chronophages qui seront confiées à des robots et libérer du temps pour se concentrer sur des tâches à forte valeur ajoutée. Il devient un acteur de terrain en allant plus à la rencontre des fournisseurs et de ses prescripteurs, en participant à des salons pour capter l’innovation et être plus au fait des dernières tendances du marché.

L’acheteur peut également pousser plus loin son travail de fiabilisation de la relation d’affaire avec les fournisseurs. A l’instar de ce qui se fait chez Saint Gobain, l’utilisation des ressources de l’Intelligence Artificielle permet de passer internet au crible pour y détecter les fournisseurs qui ne respectent pas les engagements de la charte des achats sur les questions éthiques, sociales et environnementales. 

La digitalisation permet à l’acheteur d’exprimer pleinement son potentiel et de renforcer son rôle de créateur de valeur. En revanche, il ne faut pas perdre de vue l’opportunité de toujours faciliter le travail des acteurs achats tout en rationalisant le nombre de source d’informations. Pourquoi faire compliquer quand on peut faire simple ?

Ce mouvement de transformation impacte aussi les organisations et les process en apportant plus d’agilité, de fiabilité et de sécurisation. Cela passe, dans un premier temps par la formation des équipes achats et l’acquisition de nouvelles compétences en interne via des sessions en Mooc (Massive Open Online Course) comme c’est le cas chez Bouygues Telecom. Le recrutement de profils dédiés à la transformation digitale des achats, et ce, autour de quelques technologies clés, peut représenter un réel investissement sur l’avenir.

Cela passe ensuite par des solutions e-achats qui, depuis vingt ans, se sont considérablement développées. Avec un marché mondial estimé entre 6 et 7 milliards de USD, les éditeurs offrent désormais toute une gamme de nouvelles fonctionnalités comme le Deep Learning Machine ou les Chatbots. Ces outils introduisent de nouvelles méthodes de travail : et les fondamentaux ne changent pas.

Enfin, il ne faut pas oublier les secteurs d’activités fortement impactés par la conformité règlementaire (ex : KYC, RGDP…). Ainsi, les solutions apportées par les Regtechs1 aident les services achats du domaine banque/assurance à optimiser les processus et à faire des gains substantiels. Les contrats avec les fournisseurs de solutions digitales de ces secteurs doivent aussi être renforcés sur les aspects liés à la réversibilité et à la sécurité. La protection des données devient un enjeu crucial, que les acheteurs doivent maîtriser et les process achats doivent en tenir compte.

Tout cela donne aujourd’hui à la fonction achats l’opportunité de se moderniser grâce à l’innovation et d’être encore plus performante en accompagnant au mieux ses clients et en maîtrisant les risques. 

Par sa transversalité et son rôle central, la fonction achats doit porter pleinement l’approche et faire du digital un sujet partagé et vécu par tous. En transposant à la manière d’un virus des business modèles efficaces au cœur même des directions achats, il est possible de travailler de manière plus performante et plus collaborative tout en faisant des économies.

Certains principes de l’économie participative issus du web social permettent à certaines directions des achats de faire remonter de leur travail avec les fournisseurs des « soft facts » utiles et même stratégiques aux activités d’autres services. L’on se trouve ici dans une approche collaborative dépassant le simple cadre des achats, utiles à toute l’entreprise. 

Une chose est sûre : le mouvement est enclenché et le champ des possibles dans les achats paraît très large. Il y aura des résistances mais il ne s’agit pas, comme dans un film de science-fiction, de remplacer l’homme par la machine ou la technologie, mais au contraire de compter sur le meilleur des deux mondes : aux machines les tâches automatiques, répétitives et chronophages, aux équipes achats l’esprit d’analyse, l’intelligence relationnelle et l’innovation. Vérité d’évidence certes, mais d’évidence fondamentale. 


1 Technologies innovantes permettant aux institutions financières de gérer de manière agile tous les aspects réglementaires financiers (du calcul des ratios à la remise des rapports financiers en passant par la conformité des modèles de risque interne et le KYC (Know your Customer) à moindre coût et contrôler les risques en temps réel.

*Conférence EBG (think-tank français sur l'innovation digitale) du 18 novembre 2015 sur la digitalisation de la fonction achats

Associé
Emmanuel Dalery-Escutenaire Rencontrez Emmanuel