La lettre des décideurs

Le monde change vite

La très récente lecture d’un article de Paris Match sur la guerre de 14-18 m’a fait sauter aux yeux quelques éléments de syntaxe étonnants, liés aux styles journalistiques d’autrefois et d’aujourd’hui.

J’ai réalisé que selon les décennies, certains mots revenaient de manière quasi obsessionnelle dans la presse, le discours des hommes politiques (toutes familles confondues) la radio ou le cinéma.

Evidemment à la Libération, il n’est question que d’honneur, de victoire, de symbole républicain ; dans les années 50, on parle « progrès », on parle de reconstruction, des années glorieuses à venir… Dans les années 60, de liberté(s) plurielles, de droits, de désobéissance, d’indépendance ; au coeur des seventies, « LE sujet » est le féminisme, mais aussi le modernisme, la nouvelle vague. Dans les années 80 il est quotidiennement question de « Mitterandie », dans les années 90 de Maastricht et d’une hypothétique monnaie unique qui paraît alors une hérésie.

Et justement au moment où l’Europe se désincarne un peu, où le Brexit est le choc que redoutent tous les marchés, je pense avec un certain émoi aux personnalités ambitieuses de la Renaissance -époque décisive s’il en est pour le futur du continent- Claire de Gonzague, fille d’un souverain de Mantoue, épousant un Dauphin d’Auvergne pour rassembler deux familles et puissances amies, ou Charles Quint qui disait tenir l’Europe qu’il avait construite en son « Gand* » …

Actuellement les mots que je lis le plus chaque jour, quel que soit le media qui échoue sur mon bureau, sont liés au thème de la sempiternelle crise, de la transformation de nos économies, de nos conflits géopolitiques plutôt que de nos alliances avérées, de l’innovation disruptive, de la place du digital… Les adolescents d’aujourd’hui, liront-ils la presse de notre époque en rigolant de nos propos tout comme je m’amusais il y a quelques jours de la sémantique employée pour parler de Verdun ? J’en suis sûre et cela me fait sourire.

Car le monde change vite. Le langage “jeune” plus encore. Peut-être se moqueront-ils (comme chacun l’a fait de la naïveté des générations précédentes) de la manière dont nous avons appréhendé les épisodes marquants des seize premières années de ce siècle… « Une hiérarchisation différente dans les transmetteurs de valeurs dit-on à Harvard ». Il n’empêche. Si le monde tourne trop vite, le coeur de Grant Thornton bat, lui, à l’unisson de celui de entreprises qui, elles, ont besoin de prendre leur temps pour accomplir les changements qui libèreront leur potentiel de croissance.

*Gand est la ville de sa naissance mais il souhaitait par-là dire qu’il tenait l’Europe au creux de son gant, de sa main.

Agnès de Ribet
Directrice du Marketinget de la Communication,
Grant Thornton