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L’audit interne, ce nouveau télétravailleur ?

By:
Virginie Leroy
L’audit interne, ce nouveau télétravailleur ?
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La crise sanitaire, depuis mars 2020, a modifié en profondeur l’organisation du travail.

Elle a accéléré des tendances liées à la digitalisation des processus et des données en entreprises et fait émerger le télétravail comme un standard d’organisation.

Ainsi, selon une enquête menée récemment par l’Association Nationale des DRH (ANDRH), auprès de 270 responsables des ressources humaines dans le secteur privé, les deux tiers des entreprises prévoient d’instaurer au moins deux jours par semaine de travail à distance.

Par ailleurs depuis le premier confinement, 1 000 accords collectifs relatifs au télétravail ont été conclus ou sont en cours de signature au sein des entreprises françaises (plus de 860 accords ayant déjà été signés à date).

Pour répondre à cette nouvelle organisation, des outils de communication et de travail à distance ont été déployés, permettant d’organiser la communication et de rendre accessible les données où que soit le salarié : au bureau, à son domicile ou en déplacement.

Ces nouvelles pratiques d’organisation doivent-elles avoir un effet sur la manière dont les auditeurs internes vont désormais exercer leur métier, peuvent-ils eux aussi travailler à distance et sous quelles conditions ?

Un changement de pratiques chez les auditeurs
Durant la crise sanitaire, une modification majeure des pratiques liées à la réalisation des audits a été imposée. En effet, les déplacements et interactions en présentiel, qui étaient jusqu’alors au cœur du métier, ont été prohibés. Les équipes d’audit ont ainsi dû s’adapter au contexte et mener une réflexion sur la possibilité de réaliser leurs missions à distance.

Dans de nombreux cas, cela a été rendu possible par les outils aujourd’hui disponibles : entretiens en visioconférence, partages d’écran permettant de visualiser certains éléments comme en présentiel, partage de documents, accès aux données…

Dans une perspective de retour à la normale, ces pratiques doivent-elles être toutes pérennisées ? Quels sont les points de vigilance à avoir ?

Force est de constater que tout ce qui a trait aux travaux de collecte et d’analyse de documents et de conduite d’entretiens préliminaires lors de la phase de cadrage sont tout à fait envisageables à distance. De même, la donnée étant plus facilement disponible, une réflexion devra être systématisée durant cette phase, sur la possibilité de réaliser certains tests à distance sans mobiliser les audités (via par exemple l’utilisation de l’analyse de données à partir d’extractions émanant des outils métiers). Cette pratique a en outre pour avantages d’accroître la précision voire la fiabilité de certains constats (revue exhaustive de la base et non plus par échantillonnage) et de réduire le sentiment de sursollicitation vécu par certains audités durant les missions d’audit.

Comme pour la phase de cadrage, les entretiens (via les outils de communication à distance permettant également le partage d’écran le cas échéant) et la collecte de documents nécessaires notamment à l’exécution de tests peuvent être menés à distance sans difficulté. La phase de conclusion, incluant la rédaction du rapport, étant déjà une phase que les auditeurs réalisaient à distance n’a quant à elle pas été trop impactée par le télétravail (mises à part les réunions de présentation des constats qui ont alors dû être réalisées en distanciel).

Cependant, les auditeurs devront veiller à éviter certains écueils de l’audit à distance mis en exergue durant cette période. 

Si la dimension technique du métier de l’auditeur se conjugue bien avec une organisation du travail à distance et a même probablement un effet relutif sur la productivité, la dimension humaine qui influe sur la qualité, en revanche en a beaucoup souffert.

Les nombreux outils disponibles ont permis aux auditeurs de réaliser leurs entretiens en visioconférence et de constater un gain de « productivité » durant les audits (les auditeurs n’ayant alors plus à se déplacer dans les locaux de chaque audité pour réaliser ces entretiens). Toutefois, cette capacité à démultiplier les entretiens durant une même journée entraine le risque de ne plus avoir la prise de recul nécessaire entre chacun, permettant notamment d’utiliser les informations recueillies afin de compléter les points à creuser dans les suivants et d’identifier de nouvelles zones de risques potentiels.

De plus, l’une des composantes importantes du métier d’auditeur est la communication. En effet, la qualité et la pertinence des informations recueillies durant l’audit dépend en partie de la qualité des relations que l’auditeur aura instauré avec les audités. Ainsi, certaines étapes clés doivent privilégier l’interaction humaine directe pour créer ce lien de confiance et de compréhension mutuel entre l’audité et l’auditeur. Il s’agit notamment, de la réunion de lancement qui permet d’instaurer une relation de confiance et de coopération entre l’audité et l’auditeur, essentielle à la bonne réalisation des travaux d’audit. Il s’agit aussi de la réunion de clôture au cours de laquelle il est important que l’auditeur puisse avoir un impact sur son auditoire pour faire accepter ses conclusions et ses recommandations.

Lors de ces deux temps forts, rien ne remplace la présence physique de l’auditeur pour exercer ses talents de pédagogue, pour apprécier le niveau d’adhésion de son auditoire à ses présentations, capter les signaux faibles non verbaux qui lui permettent d’adapter son discours et sa présentation.

Une création de valeur en mode distancié

In fine, la qualité des travaux d’audit sera jugée à l’aune de la création de valeur ajoutée apportée lors de la mission, passant notamment par la mise en exergue de constats précis et de recommandations pragmatiques (notamment établies suite aux échanges qualitatifs avec les audités) et l’acceptation de ces dernières par les audités. Ces deux piliers nécessitent une approche de l’audit interne basée sur une communication fluide et de qualité avec les différentes parties prenantes (ne pouvant se faire qu’après l’instauration d’un lien de confiance).

L’auditeur interne peut ainsi être un télétravailleur comme les autres mais doit veiller à correctement discerner au cours de sa mission, les temps forts de présentiel à conserver afin de maintenir une fluidité des échanges et une relation de confiance essentielle à la bonne exécution de ses travaux d’audit.