Brexit

Le Brexit se joue maintenant

pour les entreprises des Froggies et Roastbeefs

Le moment tant redouté pour certains, tant attendu pour d’autres :  Le Withdrawal Agreement Bill ratifié le 22 janvier a permis la sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union Européenne, le 31 janvier dernier. La période de transition tout juste entamée promet aux particuliers et entreprises une année 2020 sous le signe de l’acclimatation et de la négociation.  

En tant que ressortissant britannique résident en France, le 31 janvier 2020 fut une journée, en apparence, tout à fait normale et pourtant, est arrivé un moment où j’ai ressenti comme un air de nostalgie à l’idée de me dire « je ne suis plus européen ». Je perçois donc le Brexit à la fois avec mon œil de professionnel exerçant en France et avec celui du Britannique qui a l’impression que La Manche s’est soudainement élargie.

Malgré les différences culturelles évidentes et parfois la frustration due à une incompréhension dont personne n’identifie l’origine, la proximité géographique, une histoire commune, ainsi que l’Union Européenne (UE) ont permis de tisser des liens forts entre la France et le Royaume-Uni créant cette « entente formidable » si bien décrite par Gordon Brown (ancien Premier Ministre du Royaume-Uni).

Nous sommes désormais dans une période de construction, à deux niveaux :

  • tout comme il convient aujourd’hui de sécuriser les droits des hommes pouvant résider au sein de l’UE, notamment pour la France qui héberge la deuxième population britannique à l’étranger, après l’Espagne,
  • nous devons également déployer un plan de maintien des activités économiques et des échanges avec le Royaume-Uni durant cette période de transition, qui s’achèvera le 31 décembre 2020 au plus tard.

Le Brexit ne peut mettre fin aux relations commerciales et culturelles entretenues depuis des décennies entre nos deux pays.

Le Royaume-Uni est entré dans une phase de négociation aux forts enjeux géopolitiques et économiques avec trois grands acteurs mondiaux : l’UE, la Chine et les Etats-Unis. Il doit œuvrer pour structurer ses relations économiques futures avec des défis de taille : l’approvisionnement des ressources du pays et un équilibre des différentes concessions de manière à ne pas freiner la dynamique nécessaire pour un autre acteur. Cette incertitude de négociation nécessite un plan d’actions large.

Un ensemble de mesures avait été annoncé par le Royaume-Uni pour faciliter le maintien des échanges internationaux en cas de Hard Brexit. Le principe du Hard Brexit n’est pas écarté à ce jour compte tenu de la date limite, ultime même, du 31 décembre 2020 mais, le gouvernement britannique a tout de même annoncé la suppression des dispositifs annoncés, les entreprises disposant désormais de temps pour préparer la phase post-Brexit.

Aussi, il s’avère indispensable de prendre les dispositions nécessaires d’un point de vue opérationnel et financier pour maintenir les échanges avec le Royaume-Uni et en limiter le coût :

  • La prise en considération de tarifs douaniers, même lorsqu’on n’a pas d’activité directe en dehors des frontières, est essentielle. Il est possible que la supply chain soit impactée conduisant à des répercussions de coût. L’étude des contrats en place, notamment au niveau des incoterms peut permettre d’anticiper les évolutions à venir pour ajuster la stratégie commerciale en conséquence ;
  • En cas de production intégrant une part de produits en provenance du Royaume-Uni, il peut être nécessaire de revoir les indications sur l’origine des produits pouvant être distribués en France ou en Europe.
  • Le Royaume-Uni devient un territoire d’export à compter du 1er Janvier 2021. Ainsi, en cas de vente ou d’achat uniquement en Europe ou uniquement avec le Royaume-Uni, votre organisation devra alors prendre en considération un nouvel environnement douanier nécessitant ainsi une évolution des processus et la formation des équipes logistiques et administratives. La chaine logistique sera certainement perturbée par des délais de traitement plus longs, impactant alors le business model
  • L’accord avec l’UE au niveau de la normalisation des produits doit être dessiné sur les neuf mois à venir. Nous pouvons supposer que l’accord soit construit sur un principe de maintien des normes produit ou qualité déjà en place, permettant à chaque signataire de faire évoluer certaines mesures de manière prospective. Une vigilance accrue reste néanmoins indispensable.
  • Nous avons pu aborder dans un précédent article[1] les impacts au niveau de la protection de la donnée qui prend une place prépondérante dans l’économie mondiale et constitue un enjeu fort dans l’évolution de la législation européenne depuis 2018.

L’alignement des organisations sur les quelques sujets exposés ci-avant, et bien d’autres, aura nécessairement des impacts opérationnels et financiers qu’il convient de mesurer et d’anticiper dès maintenant. Les Etats sont dans une phase de négociation et, la discussion avec vos principaux fournisseurs et clients outre-manche est tout autant primordiale.

La sortie de l’UE désormais actée et opérée, il est temps de construire les relations de demain de nos deux pays. Tant sur le plan personnel où la France reste pour moi une porte ouverte sur l’Europe, permettant de maintenir cet esprit européen perdu sur le papier depuis le 31 janvier, que pour les entreprises qui doivent trouver une organisation opérationnelle synonyme de complicité, digne d’affaires fructueuses pour les années à venir.

[1] Brexit, No Deal et RGPD, site Internet Grant Thornton, 2 octobre 2019.

Associé
Adam Nicol Rencontrez Adam