Paroles d’expert

Aéronautique : atteindre la taille critique

Le secteur aéronautique recèle un vivier de PME familiales avec un potentiel de croissance important, et la nécessité d’atteindre une taille critique pour répondre aux besoins des grands donneurs d’ordres. Décryptage de Nicolas Tixier, Associé en charge de l’activité aéronautique chez Grant Thornton.

L’industrie aéronautique est sur un nuage. 2017 a été, une nouvelle fois, une année record pour la filière avec une progression de 6 % du chiffre d’affaires à 64 milliards d’euros, dont plus de 80 % réalisés à l’export, selon les statistiques publiées par le Gifas (groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales). Ce qui en fait le premier secteur exportateur en France et la vitrine par excellence du savoir-faire industriel et technologique hexagonal, mais aussi un enjeu de compétitivité crucial pour une filière exposée à une concurrence mondiale exacerbée.

L’effervescence du M&A qu’a connue le secteur ces derniers mois témoigne des mutations accélérées de cette industrie aussi bien au niveau mondial, où l’année 2017 a enregistré un record de transactions avec une valeur cumulée de 72 milliards de dollars, que sur le terrain hexagonal où les grands rapprochements ont marqué l’actualité avec le rachat de Zodiac Aerospace par Safran et de Gemalto par Thalès.

« Un momentum favorable »

Mais au-delà de ces mariages médiatiques, l’écosystème composé de quelque 3 000 PME réalisant en moyenne une vingtaine de millions d’euros de chiffre d’affaires, connaît un fort mouvement de consolidation, avec en ligne de mire l’atteinte d’une taille critique, réduisant la dépendance des sous-traitants à un nombre limité de clients et leur ouvrant le précieux sésame du cercle privilégié de fournisseurs de rang 1.

« La nécessité de la consolidation des PME du secteur se fait d’autant plus prégnante sous l’impulsion des grands mouvements de rapprochement de donneurs d’ordres comme le rachat de Zodiac par Safran », pointe Nicolas Tixier, Associé en charge de l’activité aéronautique chez Grant Thornton.

Il faut dire que les entreprises de la filière aéronautique hexagonale sont en moyenne plus petites que leurs consœurs anglo-saxonnes qui ont plus largement ouvert leur capital aux investisseurs financiers, mais la donne est en train de changer.

« Nous sommes à un momentum particulièrement favorable aux opérations de fusions-acquisitions avec un renouvellement de génération à la tête des PME familiales ; ces dernières cherchent à s’adosser à de plus grandes structures pour assurer leur pérennité ou encore à ouvrir leur capital à des actionnaires financiers à même d’accompagner leur croissance et leur internationalisation », résume Pierre Morisseau, Directeur d’investissement d’ACE Management, le seul fonds thématique français spécialisé dans le secteur aéronautique.

Ce dernier planche sur une dizaine d’opérations en cours pour le premier semestre 2018, ce qui témoigne de l’appétence des pépites du secteur pour les opérations capitalistiques, à la faveur d’un environnement propice aux fusacq.

Le seuil des 100 M€

D’autant que la dimension mondialisée des donneurs d’ordres pousse les entreprises sous-traitantes à se regrouper pour afficher, à terme, un chiffre d'affaires d'au moins une centaine de millions d’euros. « Il fut un temps où le seuil de taille critique était fixé à 50 millions d’euros de CA. Aujourd’hui la taille souhaitée pour intégrer les panels de fournisseurs de rang 1 se situe plus aux alentours de 100 millions d’euros », confirme Pierre Morisseau (ACE Management). Une pression qui peut parfois paraître pousse-au-crime dans un contexte de surliquidité et d’inflation des valorisations.

« Si la nécessité d’atteindre une taille critique s’impose à tous les segments du secteur, il ne faudrait pas que la logique arithmétique l’emporte sur les synergies industrielles et fragilise de belles PME en les poussant à faire de la croissance externe de manière inconsidérée », alerte Nicolas Tixier, chez Grant Thornton.

Dans un secteur aux cycles longs, avide en investissements, et soumis aux aléas de géants hégémoniques, la course à la taille peut parfois se révéler périlleuse, surtout pour des entreprises peu rôdées aux opérations de M&A. Charge aux fonds d’investissement qui accompagnent les ambitions de croissance de ces PME familiales de les aider à identifier les bonnes cibles, surtout quand elles se situent dans des zones géographiques éloignées où les risques d’intégration sont décuplés.

Associé
Nicolas Tixier Rencontrez Nicolas