Prévention & Restructuration

Distressed M & A

Clotilde Delemazure Clotilde Delemazure

Il n’est guère facile d’attirer le lecteur sur le sujet
de l’entreprise en difficulté, le restructuring ou
le distressed M&A : trop de « tabous » autour de ces mots
et environnements souvent perçus comme obscurs.
Il est pourtant fondamental d’admettre que dans un contexte économique chahuté, la sous-performance ou la situation de difficulté nécessite l’anticipation et la mobilisation autour d’une équipe de spécialistes mais de rappeler aussi que ces situations peuvent être l’occasion d’opportunités d’adossement ou de transmission permettant le retournement dans des conditions pérennes.

Il y a encore quelques années, les Experts du restructuring en général, (spécialisés dans le Conseil financier et opérationnel) étaient regardés comme des Hommes de l’ombre, des vautours (!!!) voire peu présentables aux entreprises ou aux fonds d’investissement. La procédure collective équivalait à la fin de la partie, pour l’entreprise et le dirigeant, finalement présumés responsables de la situation.

C’était avant ! Le regard des tiers a peu à peu changé
pour plusieurs raisons :

  • La crise n’arrive pas qu’aux autres : une tendance à la hausse des ouvertures de procédures collectives(63 000 contre 61 000 en 2012, malheureusement sans tendance baissière en 2014) et une augmentation des entreprises de taille significative : Ascometal, Arc International, la Saur, Kem One, Petroplus, la SNCM.
  • Tous les secteurs de l’économie sont impactés : le bâtiment, les services, la distribution, l’agroalimentaire (Doux, Tilly Sabco, Gad), la presse (Le Parisien, Nice Matin), le transport et la messagerie(Mory),
  • Un dispositif légal en constante évolution avec une récente réforme de la Loi de sauvegarde des entreprises, souvent complexe et technique,
  • Le succès d’opérations de retournement, grâce à la vertu des procédures préventives et amiables qui permettent, dans la confidentialité, la mise en place d’une restructuration financière et opérationnelle dans un cadre protecteur. Ces procédures sont en hausse et dans 80 % des cas aboutissent à un accord (notons une hausse également des procédures de sauvegarde qui est l’équivalent du chapter 11 aux Etats-Unis, avec 63 % de taux de réussite),
  • Une professionnalisation des acteurs et une practice désormais reconnue et indispensable pour accompagner l’entreprise en difficulté,
  • Une réhabilitation et une reconnaissance du droit au rebond du chef d’entreprise avec la suppression en 2013 de l’indicateur défavorable 0,40 qui marquait au fer rouge le dirigeant d’une structure en liquidation judiciaire, quelle que soit la cause de la défaillance (frauduleuse ou non).

L’entreprise en difficulté nécessite un traitement particulier, et la prise de conscience du dirigeant réalisant qu’il ne faut pas rester seul, mais s’accompagner de spécialistes, est déterminante. Chaque décision ou absence d’action peut avoir une conséquence extrêmement lourde sur la situation économique, financière et sociale de la structure ainsi que sur la responsabilité des mandataires sociaux.

Les Conseils spécialistes de ces situations (avocats, conseils financiers, mandataire ad hoc, conciliateurs, managers de crise) perçoivent très rapidement par un premier diagnostic, le contexte, les causes des difficultés, les zones de risques et les premières actions indispensables. Ces Conseils doivent faire preuve de pédagogie, car l’environnement et la “boîte à outils” mise à la disposition du dirigeant en vue du traitement des difficultés, est complexe. Les difficultés sont en réalité souvent plus importantes que celles annoncées.