Tendances

Aéronautique, défense et sécurité

Nicolas Tixier Nicolas Tixier

Un secteur en croissance face à des enjeux humains et industriels.

Défense et Sécurité reste bien orientée pour les années à venir. La croissance anticipée du trafic passagers, notamment en Asie, devrait favoriser l’augmentation des flottes commerciales. En parallèle, le contexte géopolitique (conflits régionaux, menace terroriste et « crise des migrants »…) conduit à une augmentation des budgets de défense et de sécurité.

Certains segments subissent malgré tout des effets conjoncturels. Le marché des avions d’affaires demeure atone du fait d’une faible croissance de la demande et de l’existence d’un marché de l’occasion important. Le segment des hélicoptères civils subit quant à lui le contrecoup d’une demande moindre de l’industrie de la recherche pétrolière, dans un contexte de prix du baril bas.

L’innovation technologique reste l’un des moteurs du secteur. Dans le civil, elle vise à améliorer la performance des avions (consommation, poids…), à les rendre plus « verts » (démantèlement, valorisation des pièces…) ou à proposer de nouvelles offres et expériences aux passagers (IFE, Wifi….).

Dans le domaine militaire, elle concerne, entre autres, sur le plan européen et français, le développement de drones de combat (plateformes Neuron et Taranis) ou la modernisation de divers systèmes d’armes (programme Scorpion, Félin) pour répondre à la numérisation de l’espace de bataille. Dans le domaine de la sécurité enfin, si la sécurité physique bénéficie d’avancées technologiques en matière de contrôle de zone ou de détection, la bataille de demain se livre dans le cyber espace.

L’industrie française est très bien positionnée sur ce secteur (l’un des leaders à l’exportation) et contribue positivement à notre balance commerciale. Au-delà des OEM (Original Equipment Manufacturer) et des fournisseurs de rang 1, la supply chain est un écosystème d’ETI et de PME. Ces dernières ont su développer le savoir-faire et les technologies leur permettant de servir les constructeurs mondiaux et de monter à bord des grands programmes internationaux dans l’aéronautique, la défense et le spatial.

Aujourd’hui ces entreprises doivent continuer d’investir dans la R&D, dans leur outil de production et dans la gestion de leur Capital Humain.
Dans une industrie parfois plus « artisanale » que la technicité des produits finis peut le laisser penser, la pénurie de main d’oeuvre qualifiée, comme par exemple les chaudronniers, pose un problème majeur.

Sur le plan industriel, pour des entreprises qui ont su maîtriser l’usinage de métaux durs ou le drapage de composites, la nouvelle frontière technologique est celle de l’impression 3D.

Enfin, dans un environnement où le secret industriel est clé et la digitalisation croissante, la cyber sécurité est un sujet incontournable. Au-delà des SI « standards » (e-mail, bureautique...), elle commence au niveau des machines de production (commandes numériques, machines connectées…) dont l’immunité doit être garantie car elles peuvent donner accès à la totalité du réseau d’une entreprise. C’est l’ensemble de ces enjeux que la filière doit être en mesure d’appréhender.

Le sujet immédiat de l’industrie est la pression sur les prix et les attentes en termes de qualité et de délais de production de la part des constructeurs. Ainsi les montées en cadence attendues sur les programmes A320neo et A350 représentent un enjeu majeur tant sur le plan opérationnel que financier pour l’ensemble de la supply chain. Les récents succès commerciaux du Rafale vont également conduire à une montée en cadence de la chaine de production de Dassault.

L’ensemble de ces facteurs plaident pour une consolidation du secteur, afin notamment d’obtenir une taille critique et la surface financière permettant de rester dans la course. L’accompagnement de cette consolidation devra permettre de sauvegarder un tissu industriel français riche. Elle posera aussi des questions de souveraineté.